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Les contours de la littérature en Algérie
Pétrole contre culture
Pétrole contre culture
La parole est libre, mais la plume est serve ». Expression juridique qui consiste à rappeler à tous les juristes que le meilleur mode de preuve est l’écrit. Car il reste. Des écritures retrouvées sur des pierres dans le Tassili aux œuvres littéraires qui se passaient en sous-main en des temps hostiles à la pensée libre, l’écriture et sa grande sœur la littérature ont tantôt eu le vent en poupe et tantôt décriées sur la place publique pour servir de matière première à un grand feu de joie.
Baudelaire a été pourchassé et vivement critiqué pour Les Fleurs du Mal. Après quelques siècles, son recueil de poèmes est cité en référence et n’émeut plus les puritains qui détenaient le pouvoir. Rousseau avait trouvé l’ingénieuse idée de vivre à la frontière suisse. Quand ses écrits le portaient à mal, il se réfugiait dans sa maison du côté suisse, empêchant les autorités françaises de le saisir et le jeter dans les geôles. Malika Mokeddem et Boualem Sansal ont carrément été interdits de traduction en langue arabe à l’occasion de l’Année de la culture arabe en Algérie, arguant des arguments quelque peu fallacieux. Idem pour Yasmina Khadra. Son livre était jugé de proisraélien. Boudés pour on ne sait quel motif, la plupart de nos auteurs sont battus en brèche. « Nul n’est prophète dans son pays », argumente Anouar Benmalek. S’il fait l’unanimité que la liberté d’expression doit être balisée pour ne pas servir n’importe quelle cause, aussi ne doit-on pas pousser les frontières au point d’étouffer l’inspiration et scléroser la pensée. La seule barrière que l’on peut ériger à une œuvre consiste dans l’apologie qu’il peut faire de la violence et ses corollaires tels que l’incitation à la haine racial ou l’apologie du crime… Tout le reste devient donc littérature.
« Il faut être attentif aux recommandations des professionnels (du livre, de la musique, du cinéma, du théâtre, des arts plastiques), mais avoir de véritables managers de la culture qui sont en mesure de fédérer les énergies créatrices, d’innover dans la recherche de nouvelles stratégies de production et de consommation culturelles, de mobiliser les ressources humaines et matérielles nécessaires sans être à la merci du politique ou des logiques politiciennes », préconise Hadj Miliani. Mais l’auteur craint que l’année 2007 ne soit que le rendez-vous à la langue de bois ou au folklore. Pour Anouar Benmalek, il s’agit d’un secteur stratégique. Secteur également porteur de richesses que ne peuvent combler le pétrole, l’industrie ou l’armée. Pour l’auteur, l’appauvrissement de la littérature relève du fait que peu de maisons d’édition ne prennent pas le risque de promouvoir un jeune auteur inconnu au bataillon et que le lectorat ne représente qu’une frange mince de la société. « Il faut donc une politique très volontariste visant à la fois à créer des lecteurs par le biais de la création, par milliers (je souligne), des bibliothèques dans les moindres coins des villes et villages d’Algérie, rétablir par exemple les bibliothèques de classe, subventionner la publication de livres de création, la traduction vers et de l’arabe, etc. Ne parlez pas de libéralisme économique et de lois du marché dans ce secteur. Tous les grands pays subventionnent le secteur culturel et le livre en particulier », poursuit Anouar Benmalek.
Hadj Miliani est professeur de littérature, faculté des lettres et des arts, université de Mostaganem. Il est également directeur de recherche associé au CRASC d’Oran, responsable du projet de recherche : Patrimoine immatériel en Algérie, commissaire du Festival national de la chanson raï d’Oran
Anouar Benmalek est né à Casablanca en 1956. Professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar. Collabore à Algérie-Actualité. Secrétaire général du Comité algérien contre la torture. Maître de conférences en statistique à l’université de Rennes 2. Prix Rachid Mimouni pour Les Amants désunis (Calmann-Lévy, 1998), maître de conférences en statistiques à l’université de Rennes 2.
Baudelaire a été pourchassé et vivement critiqué pour Les Fleurs du Mal. Après quelques siècles, son recueil de poèmes est cité en référence et n’émeut plus les puritains qui détenaient le pouvoir. Rousseau avait trouvé l’ingénieuse idée de vivre à la frontière suisse. Quand ses écrits le portaient à mal, il se réfugiait dans sa maison du côté suisse, empêchant les autorités françaises de le saisir et le jeter dans les geôles. Malika Mokeddem et Boualem Sansal ont carrément été interdits de traduction en langue arabe à l’occasion de l’Année de la culture arabe en Algérie, arguant des arguments quelque peu fallacieux. Idem pour Yasmina Khadra. Son livre était jugé de proisraélien. Boudés pour on ne sait quel motif, la plupart de nos auteurs sont battus en brèche. « Nul n’est prophète dans son pays », argumente Anouar Benmalek. S’il fait l’unanimité que la liberté d’expression doit être balisée pour ne pas servir n’importe quelle cause, aussi ne doit-on pas pousser les frontières au point d’étouffer l’inspiration et scléroser la pensée. La seule barrière que l’on peut ériger à une œuvre consiste dans l’apologie qu’il peut faire de la violence et ses corollaires tels que l’incitation à la haine racial ou l’apologie du crime… Tout le reste devient donc littérature.
Parole aux auteurs
« Notre littérature n’est pas encore à la hauteur des expériences vécues par notre pays et n’est pas digne, entre autres, de sa richesse matérielle : nous avons du pétrole en quantité, certes, mais nous manquons, par exemple, de la masse critique d’écrivains qui créerait, en nombre et en qualité, une vraie littérature algérienne ! », exprime l’écrivain Anouar Benmalek. L’Année de la culture arabe en Algérie est une occasion inespérée pour l’auteur des Amants désunis. Il s’agit, en effet, d’un rendez-vous à l’échange. En cela, Anouar Benmalek rejoint l’avis : ce dernier explique que l’absence de traçabilité est l’un des principaux facteurs de la pauvreté du secteur littéraire. « Mais il faut surtout relever l’absence d’initiative privée dans le champ culturel du type mécénat ou fondation » (par exemple au Maroc, la Fondation ONA a été à l’origine de la création du Musée d’art contemporain, en même temps qu’elle participe à la restauration du site de Volubilis et contribue à la restauration de la cinémathèque de Tanger, etc.). Cette initiative privée a pu s’illustrer au travers de l’expérience des compagnies et coopératives théâtrales, mais elle reste tributaire de subventions qui sont aléatoires et de l’absence de structures de diffusion adéquates. Un autre phénomène est pointé du doigt par Hadj Miliani et retrace l’aspect qui tourne autour de la culture dite d’appartement. Ainsi, la consommation télévisuelle grâce à la parabole, les cd, les DVD, Internet ne sert pas la culture même s’il dénote d’une certaine ouverture. « Cette contradiction fonde une relation souvent virtuelle et quelque peu fétichisée aux expressions culturelles », argumente-t-il. Le soutien de l’état
« Il faut être attentif aux recommandations des professionnels (du livre, de la musique, du cinéma, du théâtre, des arts plastiques), mais avoir de véritables managers de la culture qui sont en mesure de fédérer les énergies créatrices, d’innover dans la recherche de nouvelles stratégies de production et de consommation culturelles, de mobiliser les ressources humaines et matérielles nécessaires sans être à la merci du politique ou des logiques politiciennes », préconise Hadj Miliani. Mais l’auteur craint que l’année 2007 ne soit que le rendez-vous à la langue de bois ou au folklore. Pour Anouar Benmalek, il s’agit d’un secteur stratégique. Secteur également porteur de richesses que ne peuvent combler le pétrole, l’industrie ou l’armée. Pour l’auteur, l’appauvrissement de la littérature relève du fait que peu de maisons d’édition ne prennent pas le risque de promouvoir un jeune auteur inconnu au bataillon et que le lectorat ne représente qu’une frange mince de la société. « Il faut donc une politique très volontariste visant à la fois à créer des lecteurs par le biais de la création, par milliers (je souligne), des bibliothèques dans les moindres coins des villes et villages d’Algérie, rétablir par exemple les bibliothèques de classe, subventionner la publication de livres de création, la traduction vers et de l’arabe, etc. Ne parlez pas de libéralisme économique et de lois du marché dans ce secteur. Tous les grands pays subventionnent le secteur culturel et le livre en particulier », poursuit Anouar Benmalek.
Hadj Miliani est professeur de littérature, faculté des lettres et des arts, université de Mostaganem. Il est également directeur de recherche associé au CRASC d’Oran, responsable du projet de recherche : Patrimoine immatériel en Algérie, commissaire du Festival national de la chanson raï d’Oran
Anouar Benmalek est né à Casablanca en 1956. Professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar. Collabore à Algérie-Actualité. Secrétaire général du Comité algérien contre la torture. Maître de conférences en statistique à l’université de Rennes 2. Prix Rachid Mimouni pour Les Amants désunis (Calmann-Lévy, 1998), maître de conférences en statistiques à l’université de Rennes 2.
Zineb A. Maiche, EL WATAN du7 avril 2007
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MUSIQUE ALGERIENNE
21e anniversaire de la disparition d’ Omar Mekraza
Du maître à l’élève
Que le temps passe vite ! Déjà vingt et un ans qu’El Hadj Omar Mekraza disparaissait silencieusement sur la pointe des pieds.
Il était le symbole de la musique populaire qui lui a été légué par son maître El Hadj M’hamed El Anka que Dieu leur accorde miséricorde.
Je ne suis ni romancier ni journaliste et je n’ai ni le talent du premier ni les compétences du second ; je veux rendre un hommage à Omar, notre ami et,en parallèle, un autre vibrant hommage aux maîtres disparus à tous jamais à la fleur de l’âge et qui ont été oubliés soit volontairement soit par ignorance de notre culture ancestrale.
Khelifa Belkacem est décédé le 4 novembre 1951, à l’âge de 44 ans, à Alger. Il n’a laissé qu’un seul concert-radio sauvé miraculeusement par le défunt Hadj Hamidou, El Hadj Merizek, décédé le 12 février 1955, suite à une longue maladie, à l’âge de 43 ans, Aouali Mohamed Seghir qui nous a quitté en 1973, à 63 ans. De son vivant, il était un virtuose du luth et de la guitare. Après sa mort, un énorme répertoire disparut avec lui, ainsi que Hadj Menouar Kerrar, disparu en 1971, sans oublier le chanteur du bédoui oranais, Cheikh Hadj Hamada, maître incontesté du genre, mort en 1968 et pour lequel aucun enregistrement n’existe à la Radio.
Ces maîtres ont laissé leur empreinte dans la culture algérienne et resteront gravées à travers les âges.
Ces hommes de notre culture ont disparu prématurément, à la fleur de l’âge, sans laisser aucune relève digne de ce noble art qu’est le Chaâbi.
Revenons à notre ami Omar et à un certain jeudi 6 mars 1986 où il rendit l’âme. Tous les mélomanes d’Alger et d’ailleurs, toutes les familles algéroises étaient en émoi en apprenant le décès brutal de l’enfant prodige de la musique chaâbi. Comme par hasard, Omar est décédé un jeudi et a été enterré un vendredi, comme le fut son maître El Anka .«Allah yarhamhoum».
Mekraza Omar est originaire du village «Oumaden», commune d’ Azzefoun mais natif de la Casbah à Alger.
Il est né le 11 février 1924 et était père de 6 enfants.
Il fut attiré par la musique dès son jeune âge et surtout par la percussion (derbouka). Il faisait partie d’un petit orchestre qui animait des cérémonies qu’on appelait Hnani : ces cérémonies se déroulaient à la veille de la fête officielle en réunissant les amis intimes du futur marié.
Comment Omar a incorporé l’orchestre du maître ? C’est par pur hasard. Un jour, il manquait dans l’orchestre d’El Anka un percussionniste. Il avait délégué Hadj Moh Akli pour lui dénicher l’élément manquant. Qui se trouvait-il sur le chemin du mandant ? Eh bien ! C’est le petit Omar revenant de son lieu de travail. C’était en 1939, il n’avait que quinze (15) ans. A partir de cet là , le cours de la vie du petit Omar allait changer : il a fait son entrée dans l’histoire de la musique Chaâbi; elle fût par la grande porte de l’école du maître incontesté, le grand El Anka.
Engagé comme remplaçant, il devient très vite titulaire à part entière et indispensable pour El Hadj M’hamed El Anka. Il a appris toutes les mesures, mais aussi il les a remodelées et embellies à sa façon. Tous les enregistrements faits, à la radio ou au cours des cérémonies familiales, avec Omar comme percussionniste, sont des chefs d’œuvres et d’une réussite extraordinaire. On en retient : Khtana, Kenza, El Baz, Ya Hnine, âdate enouahi, Lala Fatima (mandole), Arabiya (mandole), lâb doune Chettara, La oûd frak El Mâchouk, El Ghoutiya, Khodre Heudraq, etc.
Mais il ne faut pas oublier qu’ El Hadj El Anka était au summum de son art.
Omar a acquis également la maîtrise du «mandole», car il lui est arrivé de remplacer son maître de temps à autres, comme par exemple chez Omar Boukasse, mort en martyr. Parmi les convives, il y avait des invités de grande culture, comme Sid Ahmed Ibnou Zekri, Sid Ahmed Lakhel, mais aussi Ferhat Abbès et son ami Ahmed Francis. El Anka par respect pour ces hommes est allé les rejoindre, laissant le relais à son élève Omar.
De 1939 à 1952, Omar a acquis une grande maîtrise de la derbouka et du «mandole» : il était le seul élève et il le restera à jamais. El Anka l’a formé et façonné à sa manière.
Omar a fait des émissions en direct, sous la direction d’El Anka, à la radio, à la Rue Berthezene, actuellement rue Dr Saâdane : il avait chanté Lala Fatima, Nesteftah Dhel Koul, Erbiya, El Kames Oukat, Yahlel Houa Rahte Nesalem.
Il avait constitué son propre orchestre dans les années cinquante . L’occasion lui a été donnée à trois reprises d’accompagner son maître à la derbouka chez Hadj Anter, Ahmed Cheminé et la dernière fois chez Rabah El Falla : c’était après l’indépendance.
De nos jours, le seul à qui El Anka a confié les secrets de ce riche patrimoine, n’est autre que son fils El Hadi, car il était non seulement son fils mais aussi son ami et son confident. Ils étaient inséparables. Personne ne peut prétendre être la relève du maître. El Anka était et restera incontestablement le maître et Omar son unique élève.
C.P. / Sid Ali SAAD
Membre fondateur de la fondation EL ANKA
Paru dans La Nouvelle République du 02-05-2007
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MUSIQUE ALGERIENNE
21e anniversaire de la disparition d’ Omar Mekraza
Du maître à l’élève
Que le temps passe vite ! Déjà vingt et un ans qu’El Hadj Omar Mekraza disparaissait silencieusement sur la pointe des pieds.
Il était le symbole de la musique populaire qui lui a été légué par son maître El Hadj M’hamed El Anka que Dieu leur accorde miséricorde.
Je ne suis ni romancier ni journaliste et je n’ai ni le talent du premier ni les compétences du second ; je veux rendre un hommage à Omar, notre ami et,en parallèle, un autre vibrant hommage aux maîtres disparus à tous jamais à la fleur de l’âge et qui ont été oubliés soit volontairement soit par ignorance de notre culture ancestrale.
Khelifa Belkacem est décédé le 4 novembre 1951, à l’âge de 44 ans, à Alger. Il n’a laissé qu’un seul concert-radio sauvé miraculeusement par le défunt Hadj Hamidou, El Hadj Merizek, décédé le 12 février 1955, suite à une longue maladie, à l’âge de 43 ans, Aouali Mohamed Seghir qui nous a quitté en 1973, à 63 ans. De son vivant, il était un virtuose du luth et de la guitare. Après sa mort, un énorme répertoire disparut avec lui, ainsi que Hadj Menouar Kerrar, disparu en 1971, sans oublier le chanteur du bédoui oranais, Cheikh Hadj Hamada, maître incontesté du genre, mort en 1968 et pour lequel aucun enregistrement n’existe à la Radio.
Ces maîtres ont laissé leur empreinte dans la culture algérienne et resteront gravées à travers les âges.
Ces hommes de notre culture ont disparu prématurément, à la fleur de l’âge, sans laisser aucune relève digne de ce noble art qu’est le Chaâbi.
Revenons à notre ami Omar et à un certain jeudi 6 mars 1986 où il rendit l’âme. Tous les mélomanes d’Alger et d’ailleurs, toutes les familles algéroises étaient en émoi en apprenant le décès brutal de l’enfant prodige de la musique chaâbi. Comme par hasard, Omar est décédé un jeudi et a été enterré un vendredi, comme le fut son maître El Anka .«Allah yarhamhoum».
Mekraza Omar est originaire du village «Oumaden», commune d’ Azzefoun mais natif de la Casbah à Alger.
Il est né le 11 février 1924 et était père de 6 enfants.
Il fut attiré par la musique dès son jeune âge et surtout par la percussion (derbouka). Il faisait partie d’un petit orchestre qui animait des cérémonies qu’on appelait Hnani : ces cérémonies se déroulaient à la veille de la fête officielle en réunissant les amis intimes du futur marié.
Comment Omar a incorporé l’orchestre du maître ? C’est par pur hasard. Un jour, il manquait dans l’orchestre d’El Anka un percussionniste. Il avait délégué Hadj Moh Akli pour lui dénicher l’élément manquant. Qui se trouvait-il sur le chemin du mandant ? Eh bien ! C’est le petit Omar revenant de son lieu de travail. C’était en 1939, il n’avait que quinze (15) ans. A partir de cet là , le cours de la vie du petit Omar allait changer : il a fait son entrée dans l’histoire de la musique Chaâbi; elle fût par la grande porte de l’école du maître incontesté, le grand El Anka.
Engagé comme remplaçant, il devient très vite titulaire à part entière et indispensable pour El Hadj M’hamed El Anka. Il a appris toutes les mesures, mais aussi il les a remodelées et embellies à sa façon. Tous les enregistrements faits, à la radio ou au cours des cérémonies familiales, avec Omar comme percussionniste, sont des chefs d’œuvres et d’une réussite extraordinaire. On en retient : Khtana, Kenza, El Baz, Ya Hnine, âdate enouahi, Lala Fatima (mandole), Arabiya (mandole), lâb doune Chettara, La oûd frak El Mâchouk, El Ghoutiya, Khodre Heudraq, etc.
Mais il ne faut pas oublier qu’ El Hadj El Anka était au summum de son art.
Omar a acquis également la maîtrise du «mandole», car il lui est arrivé de remplacer son maître de temps à autres, comme par exemple chez Omar Boukasse, mort en martyr. Parmi les convives, il y avait des invités de grande culture, comme Sid Ahmed Ibnou Zekri, Sid Ahmed Lakhel, mais aussi Ferhat Abbès et son ami Ahmed Francis. El Anka par respect pour ces hommes est allé les rejoindre, laissant le relais à son élève Omar.
De 1939 à 1952, Omar a acquis une grande maîtrise de la derbouka et du «mandole» : il était le seul élève et il le restera à jamais. El Anka l’a formé et façonné à sa manière.
Omar a fait des émissions en direct, sous la direction d’El Anka, à la radio, à la Rue Berthezene, actuellement rue Dr Saâdane : il avait chanté Lala Fatima, Nesteftah Dhel Koul, Erbiya, El Kames Oukat, Yahlel Houa Rahte Nesalem.
Il avait constitué son propre orchestre dans les années cinquante . L’occasion lui a été donnée à trois reprises d’accompagner son maître à la derbouka chez Hadj Anter, Ahmed Cheminé et la dernière fois chez Rabah El Falla : c’était après l’indépendance.
De nos jours, le seul à qui El Anka a confié les secrets de ce riche patrimoine, n’est autre que son fils El Hadi, car il était non seulement son fils mais aussi son ami et son confident. Ils étaient inséparables. Personne ne peut prétendre être la relève du maître. El Anka était et restera incontestablement le maître et Omar son unique élève.
C.P. / Sid Ali SAAD
Membre fondateur de la fondation EL ANKA
Paru dans La Nouvelle République du 02-05-2007
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POESIE ALGERIENNE
PRINTEMPS
Il flotte sur les quais une haleine d'abîmes,
L'air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.
Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l'espace une sourde pensée.
En cale sèche on voit des épaves ouvertes;
En elles l'âme vit peut-être... Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l'aube au soir reviendras-tu
Rêver rie haute mer, d'embruns et d'îles vertes ?
Je rôde aussi, le coeur vide et comme aux abois,
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi ?
Ombre gardienne.
SUR LA TERRE ERRANTE
Quand la nuit se brise,
Je porte ma tiédeur
Sur les monts acérés
Et me dévêts à la vue du matin
Comme celle qui s'est levée
Pour honorer la première eau...
Pourquoi erres-tu avec ton cri,
Femme, quand les souffles
De l'aube commencent
A circuler sur les collines ?
Moi qui parle, Algérie,
Peut-être ne suis-je
Que la plus banale de tes femmes.
Mais ma voix ne s'arrêtera pas
De héler plaines et montagnes ;
Je descends de l'Aurès,
Ouvrez vos portes,
Epouses fraternelles,
Donnez-moi de l'eau fraîche,
Du miel et du pain d'orge ;
Je suis venue vous voir,
Vous apporter le bonheur,
A vous et vos enfants ;
Que vos petits nouveau-nés
Grandissent,
Que votre blé pousse
Que votre pain lève aussi
Et que rien ne vous fasse défaut,
Le bonheur soit avec vous
HEURE FOLLE
L'heure folle erre. Noire,
Vous la reconnaîtrez
A trop de haine noire,
Trop de cris, trop de vent.
Nés d'antiques calcaires
Et des feux de la mer,
Ses ramiers pour la mort
Resplendissent étranges .
Vous la reconnaîtrez
C'est l'heure de deuil, l'heure
De sang roux sur les vignes ,
La folle de lumière.
« Ombre gardienne »
Mohammed DIB
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LES FOURMIS ROUGES
Fallait pas partir. Si j'étais resté au collège, ils ne m'auraient pas arrêté. Je serais encore étudiant, pas manoeuvre, et je ne serais pas enfermé une seconde fois, pour un coup de tête. Fallait rester au collège, comme disait le chef de district.
Fallait rester au collège, au poste.
Fallait écouter le chef de district.
Mais les Européens s'étaient groupés.
Ils avaient déplacé les lits.
Ils se montraient les armes de leurs papas.
Y avait plus ni principal ni pions.
L'odeur des cuisines n'arrivait plus.
Le cuisinier et l'économe s'étaient enfuis.
Ils avaient peur de nous, de nous, de nous !
Les manifestants s'étaient volatilisés.
le suis passé à l'étude. J'ai pris les tracts.
J'ai caché la Vie d'Abdelkader .
J'ai ressenti la force des idées.
J'ai trouvé l'Algérie irascible. Sa respiration...
La respiration de l'Algérie suffisait.
Suffisait à chasser les mouches.
Puis l'Algérie elle même est devenue...
Devenue traîtreusement une mouche.
Mais les fourmis, les fourmis rouges,
Les fourmis rouges venaient à la rescousse.
Je suis parti avec les tracts.
Je les enterrés dans la rivière.
J'ai tracé sur le sable un plan...
Un plan de manifestation future.
Qu'on me donne cette rivière, et je me battrai.
je me battrai avec du sable et de l'eau.
De l'eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.
J'étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.
Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.
Je l'appelai, mais il ne vint pas. Il me fit signe.
Il me fit signe qu'il était en guerre.
En guerre avec son estomac, Tout le monde sait...
Tout le monde sait qu'un paysan n'a pas d'esprit.
Un paysan n'est qu'un estomac. Une catapulte.
Moi j'étais étudiant. J'étais une puce.
Un puce sentimentale... Les fleurs des peupliers...
Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse.
Moi j'étais en guerre. je divertissais le paysan.
Je voulais qu'il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant
mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière.
Kateb Yacine « Nedjma » (1956)
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REVES EN DESORDRE
Je rêve d'îlots rieurs et de criques ombragées
Je rêve de cités verdoyantes silencieuses la nuit
Je rêve de villages blancs bleus sans trachome
Je rêve de fleuves profonds sagement paresseux
Je rêve de protection pour les forêts convalescentes
Je rêve de sources annonciatrices de cerisaies
Je rêve de vagues blondes éclaboussant les pylônes
Je rêve de derricks couleur de premier mai
Je rêve de dentelles langoureuses sur les pistes brûlées
Je rêve d'usines fuselées et de mains adroites
Je rêve de bibliothèques cosmiques au clair de lune
Je rêve de réfectoires fresques méditerranéennes
Je rêve de tuiles rouge au sommet du Chélia
Je rêve de rideaux froncés aux vitres de mes tribus
Je rêve d'un commutateur ivoire par pièce
Je rêve d'une pièce claire par enfant
Je rêve d'une table transparente par famille
Je rêve d'une nappe fleurie par table
Je rêve de pouvoirs d'achat élégants
Je rêve de fiancées délivrées des transactions secrètes
Je rêve de couples harmonieusement accordés
Je rêve d'hommes équilibrés en présence de la femme
Je rêve de femmes à l'aise en présence de l'homme
Je rêve de danses rythmiques sur les stades
Et de paysannes chaussées de cuir spectatrices
Je rêve de tournois géométriques inter-lycées
Je rêve de joutes oratoires entre les crêtes et les vallées
Je rêve de concerts l'été dans des jardins suspendus
Je rêve de marchés persans modernisés
Pour chacun selon ses besoins
Je rêve de mon peuple valeureux cultivé bon
Je rêve de mon pays sans tortures sans prisons
Je scrute de mes yeux myopes mes rêves dans ma prison
Bachir Hadj Ali. In Que la joie demeure.
* * * * * * * * * *<;strong>; *
QUE LA JOIE DEMEURE
Mon Algérie de l'errance
Mon pays de parfums blancs
Les femmes se taisent
La terre fuit clandestine
Le ciel est désespérance
Sur l'exil des hommes
Grande grande ouverte est la mer
...
Dans ce pays intrépide d'hommes bons
Vivent des hommes féroces
De férocité ancienne
Dans ce pays de bonheur inconnu
La femme n'est femme que la nuit
Je jure
Par la nuit mourante
Et par le jour naissant
Que règnera le couple sûr
TERRE JE T’ECOUTE
Je t'écoute tisser des clairs-obscurs sur mes nuits.
Je t'écoute veiller le soleil agoniser à l'Est
Je t'écoute sécher le sel sur le front des mers
Je t'écoute réveiller des pommes innocentes
Je t'écoute greffer la jeunesse du citronnier
Je t'écoute respirer entre les doigts et l'orange
Je t'écoute battements de cils rouge-gorge des bois
Je t'écoute verser la rosée sur la plante médicinale
Je t'écoute pluie sur la mer collier de la baie
Je t'écoute nuage rire ailes colorées
Je t'écoute marche secrète des hommes droits
Je t'écoute clairière de la recherche libre
Je t'écoute vivre au rythme de mes aspirations
Je t'écoute chanter le chant de l'an deux mille
Bachir HADJ ALI, Ibid. p. 35
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SERMENT
Je jure sur la raison de ma fille attachée
Hurlant au passage des avions
Je jure sur la patience de ma mère
Dans l'attente de son enfant perdu dans l'exode
Je jure sur l'intelligence et la bonté d'Ali Boumendjel
Et le front large de Maurice Audin
Mes frères mes espoirs brisés en plein élan
Je jure sur les rêves généreux de Ben M'Hidi et d'Inal
Je jure sur le silence de mes villages surpris
Ensevelis à l'aube sans larmes sans prières
Je jure sur les horizons élargis de mes rivages
A mesure que la plaie s'approfondit hérissée de lames
Je jure sur la sagesse des Moudjahidine maîtres de la nuit
Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée
Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments
Je jure sur la colère qui embellit nos femmes
Je jure sur l'amitié vécue les amours différées
Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme
Que nous n'avons pas de haine contre le peuple français.
Bachir Hadj Ali.
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POEME POUR L’ALGERIE HEUREUSE
Neiges dans le Djurdjura
Pièges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias
On me fouette à Azazga
Un chevreau court sur la Hodna
Des chevaux fuient de Mechria
Un chameau rêve à Ghardaia
Et mes sanglots à Djémila
Le grillon chante à Mansourah
Un faucon vole sur Mascara
Tisons ardents à Bou-Hanifia
Pas de pardon aux Kelaa
Des sycomores à Tipaza
Une hyène sort à Mazouna
Le bourreau dort à Miliana
Bientôt ma mort à Zémoura
Une brebis à Nédroma
Et un ami tout près d'Oudja
Des cris de nuit à Maghnia
Mon agonie à Saida
La corde au cou à Frenda
Sur les genoux à Oued-Fodda
Dans les cailloux de Djelfa
La proie des loups à M'sila
Beauté des jasmins à Koléa
Roses de jardins de Blida
Sur le chemin de Mouzaia
Je meurs de faim à Médea
Un ruisseau sec à Chellala
Sombre fléau à Medjana
Une gorgée d'eau à Bou-Saada
Et mon tombeau au Sahara
Puis c'est l'alarme à Tébessa
Les yeux sans larmes à Mila
Quel Vacarme à Ain-Sefra
On prend les armes à Guelma
L'éclat du jour à Khenchla
Un attentat à Biskra
Des soldats aux Nementcha
Dernier combat à Batna
Neiges dans le Djurdjura
Piéges d'alouette à Tikjda
Des olivettes aux Ouadhias
Un air de fête au coeur d'El Djazaïr
ASSIA DJEBBAR
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Malek Haddad, « la langue française est mon exil » Un auteur attaché à ses racines
Né le 5 juillet 1927 à Constantine, Malek Haddad a été d’abord instituteur avant de s’inscrire à la faculté de droit d’Aix-en-Provence ; mais il n’a pu étudier, la guerre de Libération nationale ayant éclat.
Il prit alors « le chemin de l’errance ». A Paris, il travailla quelque temps à la radiodiffusion française. Ensuite, il effectua des missions en URSS, en Egypte et en Inde pour le compte du Front de libération nationale (FLN). De 1958 à 1961, il publie un roman chaque année. Après l’indépendance, il dirigea à Constantine la page culturelle du quotidien An Nasr, de 1965 à 1968.
Il prit alors « le chemin de l’errance ». A Paris, il travailla quelque temps à la radiodiffusion française. Ensuite, il effectua des missions en URSS, en Egypte et en Inde pour le compte du Front de libération nationale (FLN). De 1958 à 1961, il publie un roman chaque année. Après l’indépendance, il dirigea à Constantine la page culturelle du quotidien An Nasr, de 1965 à 1968.
De 1968 à 1972, il fut directeur de la culture au ministère de l’information et de la culture et s’occupa du 1er colloque culturel national, en 1968 ; ainsi que du 1er festival culturel panafricain en 1969. En 1972, il fut nommé conseiller technique chargé des études et recherches dans le domaine de la production culturelle en langue française. En 1967, il fut nommé secrétaire général de l’Union des écrivains algériens.
En outre, fin des années 1970, il eut à superviser El Moudjahid culturel. Par ailleurs, de 1965 à 1968, outre des poèmes, de nombreux articles littéraires et culturels ont paru dans des périodiques algériens, surtout dans An Nasr... Il mourut à Alger, le 2 juin 1978.
En outre, fin des années 1970, il eut à superviser El Moudjahid culturel. Par ailleurs, de 1965 à 1968, outre des poèmes, de nombreux articles littéraires et culturels ont paru dans des périodiques algériens, surtout dans An Nasr... Il mourut à Alger, le 2 juin 1978.
L’œuvre littéraire de Malek Haddad
Elle commence dans les années 1948-1950, comme celle de Kateb Yacine, Mohammed Dib et de bien d’autres auteurs algériens dont les œuvres - poèmes et romans - ont directement pour thème la guerre de libération nationale. Pour Abdelkebir Khatibi (Le Roman maghrébin), « ses romans constituent des poèmes impressionnistes, traversés de temps en temps par des déclarations patriotiques et nationalistes.
(...) Son œuvre reste accrochée à une coquetterie du langage et le roman devient une sorte de causerie, un ensemble de réflexions variées sur ses obsessions ». Tiraillé entre l’Occident et l’Orient, deux langues, deux cultures, deux façons de penser, Malek Haddad vit un conflit inextricable ; conflit qui prend des proportions dramatiques chez ce poète. Dans L’élève et la leçon, il fait dire à l’un de ses personnages : « L’histoire a voulu que j’ai toujours été à cheval sur deux époques, sur deux civilisations. »
Cette attitude révèle chez l’auteur la conscience de l’acculturation ; il s’agit pour lui d’assurer lucidement cette double appartenance. Ainsi, le conflit, provoqué par le choc des deux cultures, frise l’angoisse. Malek Haddad prend conscience d’un état de fait auquel il se résigne, faisant foi au réalisme historique. Le conflit exacerbé pousse à la révolte tant est grande l’inadéquation entre l’humanisme drainé par la langue française et le colonialisme véhiculé par la même langue...
(...) Son œuvre reste accrochée à une coquetterie du langage et le roman devient une sorte de causerie, un ensemble de réflexions variées sur ses obsessions ». Tiraillé entre l’Occident et l’Orient, deux langues, deux cultures, deux façons de penser, Malek Haddad vit un conflit inextricable ; conflit qui prend des proportions dramatiques chez ce poète. Dans L’élève et la leçon, il fait dire à l’un de ses personnages : « L’histoire a voulu que j’ai toujours été à cheval sur deux époques, sur deux civilisations. »
Cette attitude révèle chez l’auteur la conscience de l’acculturation ; il s’agit pour lui d’assurer lucidement cette double appartenance. Ainsi, le conflit, provoqué par le choc des deux cultures, frise l’angoisse. Malek Haddad prend conscience d’un état de fait auquel il se résigne, faisant foi au réalisme historique. Le conflit exacerbé pousse à la révolte tant est grande l’inadéquation entre l’humanisme drainé par la langue française et le colonialisme véhiculé par la même langue...
L’œuvre de Malek Haddad est une quête du « moi pensant-sentant-agissant », selon l’expression de Ghani Merad ; d’où un retour aux racines pour marquer l’opposition à l’autre. Il s’agit d’un simple cheminement à travers l’histoire et la sociologie pour redécouvrir le tronc commun symbolisant le groupe, tronc caché par les diverses greffes imposées par les vicissitudes historiques. L’aliénation n’est pas seulement vécue par Malek Haddad, mais également par les auteurs algériens de sa génération.
On retrouve dans leurs œuvres le thème de l’aliénation de l’intellectuel déchiré entre son Orient « natif » et l’Occident « adoptif ». Avec le déclenchement de la lutte de libération nationale, le poète Malek Haddad retrouve son rôle historique de chantre de la tribu. C’est sa quote-part à la révolution pour échapper à cette aliénation et se découvrir un « quant à soi ethnique », pour se forger une appartenance.
On retrouve dans leurs œuvres le thème de l’aliénation de l’intellectuel déchiré entre son Orient « natif » et l’Occident « adoptif ». Avec le déclenchement de la lutte de libération nationale, le poète Malek Haddad retrouve son rôle historique de chantre de la tribu. C’est sa quote-part à la révolution pour échapper à cette aliénation et se découvrir un « quant à soi ethnique », pour se forger une appartenance.
La prise de conscience nationale et politique s’est manifestée progressivement chez lui. Ainsi, Malek Haddad avait fait sienne la maxime de Léon Bloy : « Qui donc parlera pour les muets, pour les opprimés et les faibles si ceux-là qui se taisent furent investis par la parole. » Ce qui explique sans doute qu’il eût été classé par les critiques dans la littérature de combat orientée contre la présence coloniale européenne quoi qu’il eût mauvaise conscience de ne pas porter les armes.
A cet égard, ses personnages sont les intellectuels qui rendent hommage aux militants et aux combattants, et honorent les martyrs. Ses héros se sentent exilés au milieu des leurs, séparés de leurs parents par la barrière de la langue et la culture. Désillusionnés, s’impose alors à eux une vaste quête de la personnalité, la recherche d’un moi enraciné dans l’histoire et projeté vers un avenir meilleur « l’espoir d’un nous national, intégré dans le concert universel » ; en ce sens, même s’exprimant en langue française, les écrivains algériens d’origine arabo-berbère traduisent une pensée spécifiquement algérienne.
S’agissant de la langue française, Malek Haddad a été l’un des rares écrivains algériens a avoir été déchiré parce qu’il avait fallu écrire, selon son expression, dans la « langue de l’ennemi » et parce que sa grand-mère ne pouvait le lire. Cette question se fait d’autant plus aiguë, lorsqu’il écrit dans Les zéros tournent en rond (essai) : « Voilà presque 30 ans ou plus que de notre première ardoise remise à la correction de notre institutrice à nos manuscrits remis à nos éditeurs, nous écrivons le français, nous étudions le français et nous diffusons par le truchement de la langue française notre pensée. »
A cet égard, ses personnages sont les intellectuels qui rendent hommage aux militants et aux combattants, et honorent les martyrs. Ses héros se sentent exilés au milieu des leurs, séparés de leurs parents par la barrière de la langue et la culture. Désillusionnés, s’impose alors à eux une vaste quête de la personnalité, la recherche d’un moi enraciné dans l’histoire et projeté vers un avenir meilleur « l’espoir d’un nous national, intégré dans le concert universel » ; en ce sens, même s’exprimant en langue française, les écrivains algériens d’origine arabo-berbère traduisent une pensée spécifiquement algérienne.
S’agissant de la langue française, Malek Haddad a été l’un des rares écrivains algériens a avoir été déchiré parce qu’il avait fallu écrire, selon son expression, dans la « langue de l’ennemi » et parce que sa grand-mère ne pouvait le lire. Cette question se fait d’autant plus aiguë, lorsqu’il écrit dans Les zéros tournent en rond (essai) : « Voilà presque 30 ans ou plus que de notre première ardoise remise à la correction de notre institutrice à nos manuscrits remis à nos éditeurs, nous écrivons le français, nous étudions le français et nous diffusons par le truchement de la langue française notre pensée. »
Malek Haddad répond lui-même à cette interrogation : « Puisqu’il y a un problème, il doit y avoir une issue. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions, si nous sommes l’explication de ce problème, nous n’en sommes pas la solution... notre utilité est indiscutable. Nous resterons comme des leçons. Je crois surtout que nous sommes et serons des exemples typiques du gâchis et de l’aberration coloniale. »
L’œuvre de Malek Haddad
Le malheur en danger (poésie, 1956) ;
La dernière impression (roman, 1958) ;
Je t’offrirai une gazelle (roman, 1959) ;
L’élève et la leçon (roman, 1960) ;
Le quai aux fleurs ne répond plus (roman, 1961) ;
Ecoute et je t’appelle (poésie, 1961), précédé de l’essai Les Zéros tournent en rond.
par Ammar Koroghli ( El Watan, Alger)
Le malheur en danger (poésie, 1956) ;
La dernière impression (roman, 1958) ;
Je t’offrirai une gazelle (roman, 1959) ;
L’élève et la leçon (roman, 1960) ;
Le quai aux fleurs ne répond plus (roman, 1961) ;
Ecoute et je t’appelle (poésie, 1961), précédé de l’essai Les Zéros tournent en rond.
par Ammar Koroghli ( El Watan, Alger)
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LE BONHEUR
" Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l’impérieuse obligation d’être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui… Je préfère le repas d'auberge à la table la mieux servie, le jardin public au plus beau parc enclos de murs, le livre que je ne crains pas d'emmener en promenade à l'édition la plus rare, et, si je devais être seul à pourvoir contempler une oeuvre d'art, plus elle serait belle et plus l'emporterait sur la joie ma tristesse. Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux."
André Gide – Nourritures terrestres
" Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l’impérieuse obligation d’être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui… Je préfère le repas d'auberge à la table la mieux servie, le jardin public au plus beau parc enclos de murs, le livre que je ne crains pas d'emmener en promenade à l'édition la plus rare, et, si je devais être seul à pourvoir contempler une oeuvre d'art, plus elle serait belle et plus l'emporterait sur la joie ma tristesse. Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du bonheur de tous pour être heureux."
André Gide – Nourritures terrestres
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La Nouvelle République du 25-02-2007
Nouvelle collection des éditions Sédia
«A bâtons rompus» avec Anouar Benmalek
«A bâtons rompus» avec Anouar Benmalek
Réalisés par le poète et critique littéraire Youcef Merahi, les entretiens sont un voyage dans l’univers des artisans des mots. Dans Vivre pour écrire, Anouar Benmalek parle de mathématiques, «dont certaines démonstrations sont aussi belle qu’un morceau de Bach», de littérature, de patrie, de langue et bien d’autres choses dont le grand livre, ce lui qu’il n’a pas encore écrit.
Avec spontanéité et sincérité, l’auteur des Amants désunis se prête aux questions pertinentes de Youcef Merahi, qui s’invite sans indiscrétion aucune dans l’univers du chercheur mathématicien poète. Et comme un voyage dans le monde et l’imaginaire d’un écrivain ne ressemble à aucun autre voyage, celui de Vivre pour écrire est une expérience unique. Celle des mots façonnés et des concepts uniques. «Anouar Benmalek est un homme à l’abord aisé, en ce sens que son sourire captive et attire. Il ne s’en départit jamais… très simple, il ne porte pas sur ses épaules le fardeau de l’écrivain. Il ne le crie pas à tue-tête, comme d’aucuns s’amusent à exhiber ce statut» écrit Merahi.
Résultat collatéral d’un passage à Alger, ou Anouar Benmalek était venu présenter Le poumon étoilé, Vivre pour écrire est un cocktail d’analyse logique et de poésie.
Extrait de la poésie : «Je crois que, si l’écriture littéraire était de l’athlétisme, la poésie serait son épreuve reine : le cent mètres…La poésie est l’Everest de la littérature et je n’ai probablement pas le souffle nécessaire pour publier des recueils de poèmes les uns à la suite des autres» La lecture et de l’écriture : «La lecture - la bonne - impose un effort pour lequel la récompense n’est pas toujours au rendez vous… Cette capacité à provoquer l’interrogation perpétuelle représente pour moi le but de la littérature et si vous m’excusez la grandiloquence du propos, l’honneur de l’esprit humain». L’écrivain : «Le métier d’écrivain, c’est un labeur peu glorieux fondé d’abord sur la patience» «Aussi, cet ego, quoique ridicule, est un levier nécessaire pour écrire. Par contre, là où cet ego est dangereux, c’est quand il vous illusionne sur vos capacités littéraire au point de vous pousser à penser- et sans le moindre humour : je suis le meilleur !» L’usage de la langue : «Nous sommes Méditerranéens et le fond commun de cette région devrait être ressenti non pas comme un handicap, mais comme une extraordinaire richesse. Nous autres Algériens, avons cependant le chic de nous comporter comme des enfants gâtés. Plus nous sommes riches, plus nous nous plaignions. Nous parlons l’arabe, dialectal et classique, quel coup du sort !... nous comprenons le berbère, quelle misère !...Nous maîtrisons le français, langue de l’ancien colonisateur, quelle tragédie !». La patrie : «C’est l’émotion que je ressens quand j’entends El Anka, et ce quel que soit le pays où je peux me trouver… La patrie n’est pas un terme abstrait, c’est plutôt le partage d’un certain capital effectif et culturel, à nul autre pareil, avec nombre de personnes habitant physiquement - ou même seulement en esprit - une même région du monde». La littérature : «Ma vie, c’est la littérature ; et la littérature, c’est ma vie!» Et j’ajouterai : pour le meilleur et pour le pire !...parce que je ne me vois pas faire autre chose qui m’impliquerait, chair et âme, aussi passionnément». L’œuvre : «Mes romans sont toujours moins durs que la réalité qu’ils prétendent décrire, et ce, quel que soit le roman que je prends dans ma bibliographie, même le plus violent». «L’exil, aussi dur soit-il, est parfois nécessaire à l’écrivain car il le sort de la prison confortable de la pensée toute faite, qui semble aller de soi, tellement nous y sommes enfermés depuis notre plus tendre enfance».
De l’homme ! «La diversité m’évite d’abord d’être, pour des raisons pour ainsi dire biologiques, raciste ou xénophobe».
Avec spontanéité et sincérité, l’auteur des Amants désunis se prête aux questions pertinentes de Youcef Merahi, qui s’invite sans indiscrétion aucune dans l’univers du chercheur mathématicien poète. Et comme un voyage dans le monde et l’imaginaire d’un écrivain ne ressemble à aucun autre voyage, celui de Vivre pour écrire est une expérience unique. Celle des mots façonnés et des concepts uniques. «Anouar Benmalek est un homme à l’abord aisé, en ce sens que son sourire captive et attire. Il ne s’en départit jamais… très simple, il ne porte pas sur ses épaules le fardeau de l’écrivain. Il ne le crie pas à tue-tête, comme d’aucuns s’amusent à exhiber ce statut» écrit Merahi.
Résultat collatéral d’un passage à Alger, ou Anouar Benmalek était venu présenter Le poumon étoilé, Vivre pour écrire est un cocktail d’analyse logique et de poésie.
Extrait de la poésie : «Je crois que, si l’écriture littéraire était de l’athlétisme, la poésie serait son épreuve reine : le cent mètres…La poésie est l’Everest de la littérature et je n’ai probablement pas le souffle nécessaire pour publier des recueils de poèmes les uns à la suite des autres» La lecture et de l’écriture : «La lecture - la bonne - impose un effort pour lequel la récompense n’est pas toujours au rendez vous… Cette capacité à provoquer l’interrogation perpétuelle représente pour moi le but de la littérature et si vous m’excusez la grandiloquence du propos, l’honneur de l’esprit humain». L’écrivain : «Le métier d’écrivain, c’est un labeur peu glorieux fondé d’abord sur la patience» «Aussi, cet ego, quoique ridicule, est un levier nécessaire pour écrire. Par contre, là où cet ego est dangereux, c’est quand il vous illusionne sur vos capacités littéraire au point de vous pousser à penser- et sans le moindre humour : je suis le meilleur !» L’usage de la langue : «Nous sommes Méditerranéens et le fond commun de cette région devrait être ressenti non pas comme un handicap, mais comme une extraordinaire richesse. Nous autres Algériens, avons cependant le chic de nous comporter comme des enfants gâtés. Plus nous sommes riches, plus nous nous plaignions. Nous parlons l’arabe, dialectal et classique, quel coup du sort !... nous comprenons le berbère, quelle misère !...Nous maîtrisons le français, langue de l’ancien colonisateur, quelle tragédie !». La patrie : «C’est l’émotion que je ressens quand j’entends El Anka, et ce quel que soit le pays où je peux me trouver… La patrie n’est pas un terme abstrait, c’est plutôt le partage d’un certain capital effectif et culturel, à nul autre pareil, avec nombre de personnes habitant physiquement - ou même seulement en esprit - une même région du monde». La littérature : «Ma vie, c’est la littérature ; et la littérature, c’est ma vie!» Et j’ajouterai : pour le meilleur et pour le pire !...parce que je ne me vois pas faire autre chose qui m’impliquerait, chair et âme, aussi passionnément». L’œuvre : «Mes romans sont toujours moins durs que la réalité qu’ils prétendent décrire, et ce, quel que soit le roman que je prends dans ma bibliographie, même le plus violent». «L’exil, aussi dur soit-il, est parfois nécessaire à l’écrivain car il le sort de la prison confortable de la pensée toute faite, qui semble aller de soi, tellement nous y sommes enfermés depuis notre plus tendre enfance».
De l’homme ! «La diversité m’évite d’abord d’être, pour des raisons pour ainsi dire biologiques, raciste ou xénophobe».
Lamia S.
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Centenaire de la naissance de René Char
Le révolté résistant
René Char, l'une des figures majeures de la poésie française du XXe siècle, fait l'objet pour le centième anniversaire de sa naissance d'une série d'hommages et de publications qui font revivre le jeune surréaliste et le poète de la Résistance enraciné dans sa terre de Provence.
Né le 14 juin 1907, à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), Char publie ses premiers poèmes à 20 ans, avant de rejoindre le groupe surréaliste, aux activités duquel il participe régulièrement au début des années 1930. Mais ce colosse révolté, tenté par l'action politique rompt avec ses amis surréalistes dès 1935 et troque bientôt la plume pour les armes.
La Bibliothèque Nationale de France (BNF) consacre du 4 mai au 29 juillet une grande exposition au parcours et à l'oeuvre bouillonnante de Char. Près de 400 pièces - manuscrits, photos, dessins, peintures... - retracent ses combats, ses rencontres et ses amitiés, au travers notamment de sa correspondance avec Paul Eluard, André Breton, Albert Camus ou Martin Heidegger.
«On ne pouvait pas rencontrer Char sans en être ébloui, souligne le commissaire de l'exposition Antoine Coron, directeur de la Réserve des livres rares à la BNF. C'est quelqu'un qui ouvrait l'oeil des gens, qui donnait avec beaucoup de facilité». Sa poésie, âpre, abrupte, difficile d'accès, roule comme un torrent. Du «Marteau sans maître» (1933), à «Dehors, la nuit est gouvernée» (1938), écrit pour défendre l'Espagne républicaine, ou «Seuls demeurent»(1943). Mais la grande affaire de René Char, c'est la conscience de la montée du totalitarisme et l'engagement dans la Résistance à l'occupation nazie.
Devenu le capitaine Alexandre, il est l'un des chefs de maquis des Basses-Alpes, où il réceptionne les agents infiltrés et les chargements d'armes parachutés par les alliés. «Feuillets d'Hypnos», publié en 1946, est fondé sur son journal tenu dans la clandestinité. L'après-guerre est pour Char une période d'intense créativité, durant laquelle, il collabore avec les grands peintres de l'époque: Picasso, Matisse, Nicolas de Staël, Braque, Max Ernst ou Wilfredo Lam. Plusieurs de ses manuscrits illustrés sont présentés à la BNF : «L'homme qui marchait dans un rayon de soleil» (1949), «A la santé du serpent» (1952), «Fête des arbres et du chasseur» ou «Dévalant la rocaille aux plantes écarlates» (1975).
Marie-Claude Char, la veuve de René Char, a rassemblé pour sa part, plusieurs centaines de documents inédits dans un album richement illustré intitulé «Au pays de René Char» (Flammarion) et le fait revivre entouré de ses amis. Le magazine Télérama consacre également début mai un «hors-série» au poète, «qui célébra à coups de fulgurances sensuelles sa terre, le désir, les femmes, la résistance, et transforma sa retraite de l'Isle-sur-la-Sorgue en creuset artistique».
Le révolté résistant
René Char, l'une des figures majeures de la poésie française du XXe siècle, fait l'objet pour le centième anniversaire de sa naissance d'une série d'hommages et de publications qui font revivre le jeune surréaliste et le poète de la Résistance enraciné dans sa terre de Provence.
Né le 14 juin 1907, à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), Char publie ses premiers poèmes à 20 ans, avant de rejoindre le groupe surréaliste, aux activités duquel il participe régulièrement au début des années 1930. Mais ce colosse révolté, tenté par l'action politique rompt avec ses amis surréalistes dès 1935 et troque bientôt la plume pour les armes.
La Bibliothèque Nationale de France (BNF) consacre du 4 mai au 29 juillet une grande exposition au parcours et à l'oeuvre bouillonnante de Char. Près de 400 pièces - manuscrits, photos, dessins, peintures... - retracent ses combats, ses rencontres et ses amitiés, au travers notamment de sa correspondance avec Paul Eluard, André Breton, Albert Camus ou Martin Heidegger.
«On ne pouvait pas rencontrer Char sans en être ébloui, souligne le commissaire de l'exposition Antoine Coron, directeur de la Réserve des livres rares à la BNF. C'est quelqu'un qui ouvrait l'oeil des gens, qui donnait avec beaucoup de facilité». Sa poésie, âpre, abrupte, difficile d'accès, roule comme un torrent. Du «Marteau sans maître» (1933), à «Dehors, la nuit est gouvernée» (1938), écrit pour défendre l'Espagne républicaine, ou «Seuls demeurent»(1943). Mais la grande affaire de René Char, c'est la conscience de la montée du totalitarisme et l'engagement dans la Résistance à l'occupation nazie.
Devenu le capitaine Alexandre, il est l'un des chefs de maquis des Basses-Alpes, où il réceptionne les agents infiltrés et les chargements d'armes parachutés par les alliés. «Feuillets d'Hypnos», publié en 1946, est fondé sur son journal tenu dans la clandestinité. L'après-guerre est pour Char une période d'intense créativité, durant laquelle, il collabore avec les grands peintres de l'époque: Picasso, Matisse, Nicolas de Staël, Braque, Max Ernst ou Wilfredo Lam. Plusieurs de ses manuscrits illustrés sont présentés à la BNF : «L'homme qui marchait dans un rayon de soleil» (1949), «A la santé du serpent» (1952), «Fête des arbres et du chasseur» ou «Dévalant la rocaille aux plantes écarlates» (1975).
Marie-Claude Char, la veuve de René Char, a rassemblé pour sa part, plusieurs centaines de documents inédits dans un album richement illustré intitulé «Au pays de René Char» (Flammarion) et le fait revivre entouré de ses amis. Le magazine Télérama consacre également début mai un «hors-série» au poète, «qui célébra à coups de fulgurances sensuelles sa terre, le désir, les femmes, la résistance, et transforma sa retraite de l'Isle-sur-la-Sorgue en creuset artistique».
R. C. (cité dans La Nouvelle République du 06-05-2007)
Situations dont les protagonistes, qu’ils soient des gouvernants redoutés, des personnalités du «Diwan» ou de la Cour, des représentants de puissances étrangères, des négociants ou des gens du peuple où se côtoient les trois religions du Livre, des captifs ou des étrangers anonymes ou illustres, témoignent chacun à sa manière d’un amour irrésistible pour la ville. Les événements se poursuivent jusqu’au «coup de l’éventail» et l’agression coloniale française de 1830 et qui allait nourrir un puissant sentiment de résistance. Celui-ci atteindra son apothéose au premier coup de feu libérateur de novembre 1954.
Cette fresque théâtrale nous fera découvrir Alger du XVIe au XIXe siècle, période faste de la Régence d’Alger durant laquelle les plus puissants du monde étaient contraints de payer des droits pour pouvoir naviguer en toute sécurité dans les eaux de la Méditerranée. Evoquons, dans ce sens, la flotte américaine. D’ailleurs, Georges Washington, l’un des pères fondateurs de l’indépendance américaine n’a jamais oublié la position de l’Algérie, consistant à reconnaître la souveraineté des Etats-Unis dès sa proclamation. Pendant une heure et demie, on peut découvrir des personnalités du Diwan (la cour du Dey), des représentants des puissances étrangères, comme le consul Duval, ainsi que Chimon le juif. Une découverte surprenante de nos jours, là où Islam, Christianisme et Judaïsme cohabitent en toute harmonie. Ces religions étaient pratiquées en toute liberté. Ce merveilleux décor est accompagné d’une musique orchestrée par M. Sid Ahmed Fellah avec une grosse pointure de l’histoire Algérienne qui n’est autre que l’incontournable M. Belkacem Babassi, en qualité de consultant en recherche documentaire. Alger, avec son architecture, ses couleurs, ses gouvernants et ses gouvernés, une cité vivante, une Médina avec ses mystères et ses légendes comme celles de Sidi Ouali Dada, Sidi Bougdour et de Khedaoudj El Amia ; du grand amour de Dey Hassan et d’une princesse italienne, en passant par le célèbre écrivain Cervantès qui, dans sa grotte à Alger, écrivit plusieurs pièces, entrées depuis dans le patrimoine universel. Alger, «El Djazair El Mahroussa», convoitée, haïe ou aimée, c’est toujours «Madinet El Hob» avec son message de tolérance et d’humanisme… Cette pièce théâtrale nous invite à un merveilleux voyage dans le temps. Elle traite de l’histoire d’Alger, ce n’est pas seulement un hymne à notre chère Casbah mais à toute l’Algérie. En plus de Fadhma N’Soumer, la pièce soulève l’histoire de plusieurs héroïnes anonymes comme Fatma Cherif, native de Mostaganem, tombée au champ d’honneur, de même que son époux. «La cité de l’amour», ne concerne pas seulement l’amour d’un homme est d’une femme mais il s’agit de l’épilogue de la cohabitation de trois religions cosmopolites. Un hymne à la fraternité et à la tolérance. A Alger, Arabes, Kabyles, Juifs, Français, Thèques, Slovaques, Espagnols, Italiens…vivaient dans la paix. Une représentation rehaussée d’une belle histoire d’amour entre Akli l’algérois, herboriste de métier, et Samha la juive, vendeuse de bijoux. Pourquoi a-t-on chuté ? S’interroge Abdelkader Tadjer réalisateur de la scène. Il répondra d’emblée :«C’est aux historiens de répondre». Son producteur, M. Boualem Aïssaoui, renchérit dans un entretien qu’il nous a accordé au sujet de cette pièce théâtrale dont il est le producteurs : «Parce qu’elle s’inscrit de par sa thématique dans le patrimoine culturel national qui constitue l’axe d’effort principal de CIM audiovisuel, qui a produit et réalisé depuis une quinzaine d’années de nombreuses œuvres documentaires et de fiction sur les richesses matérielles et immatérielles de notre pays ; «Madinet El Hob, El Djazair», pièce de théâtre écrite et mise en scène par mon ami Abdelkader Tadjer dont la relation à la chose culturelle et artistique participe avec talent et sensibilité à la mise en valeur de notre culture nationale, de notre identité et de notre rapport à l’universalité pour ses raisons et pour d’autres qui ressortent de mon attachement ancien à l’art théâtral, j’ai accepté de produire «Madinet El Hob» à l’heure ou El Djazair est élevée au rang de «capitale de la culture arabe». «El Djazair El Mahbouba» qui se retrouve réconciliée avec elle-même, toujours farouchement indépendante et républicaine, regagne sa place dans le monde». Pour rappel, la pièce a été lancée le 26 avril dernier au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA) à Alger, avec au total 15 représentations sur le territoire national (il en reste 12). Dans une déclaration à La Nouvelle République, Abdelkader Tadjer, ajoutera : «Ecrite depuis huit ans, cette pièce théâtrale nous a pris près de trois mois de répétitions. Grâce à son langage accessible, nous avons bénéficié de l’entière adhésion du public».
Bios express :
Abdelkader Tadjer : metteur en scène, comédien de théâtre depuis 1963 et de cinéma, Tadjer est l’auteur de deux pièces théâtrales, à savoir «La danse des innocents» et «Madinet El Hob», de quatre scénarios télévisés, en l’occurrence «Un immense espoir» et «Fatma dans la ville» de deux scénarios pour le cinéma, «Raï» et «Amour Interdit».
Il a en outre signé six mises en scène : «Jupiter», «Atomos», «Mizen El Ghaba», «Les concierges», «La danse des innocents» et «Madinet El Hob».
Boualem Aïssaoui : producteur-réalisateur, ancien élève de l’Ecole nationale supérieure de journalisme d’Alger (1re promotion 1964/1967), il a occupé plusieurs fonctions de responsabilité au sein de la production radiophonique et cinématographique nationales (1967/1990).
Auteur de publications sur l’audiovisuel et le cinéma, il est également producteur audiovisuel indépendant et réalisateur de nombreux films documentaires sur le patrimoine culturel et d’œuvres de fiction (feuilletons TV), en hommage à des personnalités culturelles illustres, tels «Iguerbouchène» et «Rachid Ksentini».
Membre actif du Conseil national de la musique, Membre fondateur de l’Association nationale des producteurs audiovisuels (AVA), membre fondateur et vice-président de l’Association des producteurs audiovisuels méditerranéens, membre actif de la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (COPEAM), producteur de la pièce de théâtre «Madinet El Hob»
dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007» et producteur- réalisateur d’une érie documentaire sur les «Danses populaires en Algérie», Alger 2007.
Salle Frantz Fanon : célébration du centenaire d’El Anka
Animée par un spécialiste en la matière, en l’occurrence Abdelkader Bendaâmache, cette rencontre sera l’occasion de raviver le souvenir du phénix, disparu il y a 29 ans. Avec 360 qacidate interprétées et 130 disques produits, El Anka demeure une école pour les générations du chaâbi l’ayant suivi. «D’El-H’mam» jusqu’à «Arwah Arwah», chantée en kabyle, en passant par «Al Hamdou Lillah mabkeche listi’amar fi bladna», «Soubhane Allah Yaltif» ou «Ya dif Allah», il nous aura légué le meilleur qu’aujourd’hui encore on écoute avec la même envie et le même plaisir. De son vrai nom Aït Ouarab Mohamed Idir Halo, Hadj M'Hamed El Anka naquit le 20 mai 1907 à la Casbah d'Alger, précisément au 4, rue Tombouctou, au sein d'une famille modeste originaire de Béni Djennad (Tizi-Ouzou). Son père, Mohamed Ben HadJ Saïd, souffrant le jour de sa naissance, dut être suppléé par un parent maternel pour la déclaration à l'état civil. C'est ainsi que naquit un quiproquo au sujet du nom patronymique d'El Anka. Son oncle maternel se présente en tant que tel. Il dit en arabe : «Ana Khalo» (Je suis son oncle). C’est alors que le préposé inscrivit : «Halo». Le futur «Cheikh» devint ainsi Halo Mohamed Idir.
Sa mère, Fatma Bent Boudjemaâ, l'entourait de toute l'affection qu'une mère pouvait donner. Elle était attentive à son éducation et à son instruction. Trois écoles l'accueillirent successivement de 1912 à 1918: coranique (1912-1914), Brahim Fatah (Casbah) de 1914 à 1917 et une autre à Bouzaréah jusqu'en 1918. Quand il quitta l'école définitivement pour se consacrer au travail, il n'avait pas encore soufflé sa 11e bougie.
C'est sur recommandation de Si Saïd Larbi, un musicien de renom, jouant au sein de l'orchestre de Mustapha Nador, que le jeune M’hamed obtint le privilège d’assister aux fêtes animées par ce Grand maître qu'il vénérait. C’est ainsi que durant le mois de Ramadhan de l'année 1917, le cheikh remarqua la passion du jeune M’hamed et son sens inné pour le rythme et lui permit de tenir le tar (tambourin) au sein de son orchestre. A partir de là ce fut Kehioudji, un demi-frère de Hadj Mrizek, qui le reçut en qualité de musicien à plein temps au sein de l'orchestre qui animait les cérémonies de henné réservées généralement aux artistes débutants.
Après le décès de cheikh Nador à l'aube du 19 mai 1926 à Cherchell, ville d'origine de son épouse et où il venait juste de s'installer, El Anka prit le relais du cheikh dans l'animation des fêtes familiales.
L'orchestre était constitué de Si Saïd Larbi, de son vrai nom Birou, d'Omar Bébéo (Slimane Allane) et de Mustapha Oulid El Meddah entre autres. C’est en 1927 qu'il participa aux cours prodigués par le cheikh Sid Ali Oulid Lakehal, enseignement qu'il suivit avec assiduité jusqu'en 1932. 1928 fut une année charnière dans sa carrière du fait qu'il rencontrait le grand public. Il enregistra 27 disques 78 t chez Columbia, son premier éditeur, et prit part aussi à l'inauguration de la Radio PTT Alger. Ces deux événements le propulsèrent au devant de la scène à travers tout le territoire national et même au-delà. Le 5 août 1931, cheikh Abderrahmane Saîdi s’éteignit à jamais. Ce Grand cheikh disparu, El Anka se retrouva seul dans le genre mdih.
C'est ainsi que sa popularité, favorisée par les moyens modernes du phonographe et de la radio, allait de plus en plus grandissante. Dès son retour de La Mecque, en 1937, il reprit ses tournées en Algérie et en France et renouvela sa formation en intégrant HadJ Abderrahmane Guechoud, Kaddour Cherchalli (Abdelkader Bouheraoua décédé en 1968 à Alger), Chabane Chaouch à la derbouka et Rachid Rebahi au tar en remplacement de cheikh Hadj Menouer qui créa son propre orchestre. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et après une période jugée difficile par certains proches du cheikh, El HadJ M'Hamed El Anka fut convié à diriger la première grande formation de musique populaire de Radio Alger à peine naissante et succédant à Radio PTT, musique populaire qui allait devenir à partir de 1946 «chaâbi» grâce à la grande notoriété de son promoteur : El Anka !
En 1955. il fait son entrée au Conservatoire municipal d'Alger en qualité de professeur chargé de l'enseignement du «chaâbi». Ses premiers élèves deviendront tous des cheikhs à leur tour, assurant ainsi une relève prospère et forte avec entre autres Amar Lâachab, Hassen Saïd et Rachid Souki. EI-Hadj M'Hamed El-Anka a bien pris à cœur son art : il a appris ses textes si couramment qu'il s'en est bien imprégné, ne faisant alors qu'un seul corps dans une symbiose et une harmonie exceptionnelle qui firent tout le génie créateur de l'artiste en allant jusqu'à personnifier, souvent malgré lui, le contenu des poésies qu'il interprétait : les exemples d'»El-Hmam» et «Soubhane Ellah Yaltif» sont assez édifiants. La grande innovation apportée par EI-Hadj El-Anka demeure incontestablement la note de fraîcheur introduite dans une musique réputée monovocale, qui ne répondait plus au goût du jour : son jeu instrumental devint alors plus pétillant, allégé de sa nonchalance. Sa manière de mettre la mélodie au service du verbe était tout simplement unique. A titre indicatif, El Hadj El Anka a interprété près de 360 poésies (qaca'id ) et produit environ 130 disques. Après Columbia, il réalisa avec Algériaphone une dizaine de 78 t en 1932 et une autre dizaine avec Polyphone. Après plus de cinquante ans au service de l'art, El Anka anima les deux dernières soirées de sa carrière jusqu'à l’aube : c’était en 1976, à Cherchell, pour le mariage du petit-fils de son maître cheikh Mustapha Nador et, en 1977, à El-Biar, chez des familles qui lui étaient très attachées.
Il mourut le 23 novembre 1978, à Alger, et fut enterré au cimetière d'El-Kettar.
Le Phénix ressuscité
Animée par un spécialiste en la matière, en l’occurrence Abdelkader Bendaâmache, cette rencontre sera l’occasion de raviver le souvenir du phénix, disparu il y a 29 ans. Avec 360 qacidate interprétées et 130 disques produits, El Anka demeure une école pour les générations du chaâbi l’ayant suivi. «D’El-H’mam» jusqu’à «Arwah Arwah», chantée en kabyle, en passant par «Al Hamdou Lillah mabkeche listi’amar fi bladna», «Soubhane Allah Yaltif» ou «Ya dif Allah», il nous aura légué le meilleur qu’aujourd’hui encore on écoute avec la même envie et le même plaisir. De son vrai nom Aït Ouarab Mohamed Idir Halo, Hadj M'Hamed El Anka naquit le 20 mai 1907 à la Casbah d'Alger, précisément au 4, rue Tombouctou, au sein d'une famille modeste originaire de Béni Djennad (Tizi-Ouzou). Son père, Mohamed Ben HadJ Saïd, souffrant le jour de sa naissance, dut être suppléé par un parent maternel pour la déclaration à l'état civil. C'est ainsi que naquit un quiproquo au sujet du nom patronymique d'El Anka. Son oncle maternel se présente en tant que tel. Il dit en arabe : «Ana Khalo» (Je suis son oncle). C’est alors que le préposé inscrivit : «Halo». Le futur «Cheikh» devint ainsi Halo Mohamed Idir.
Sa mère, Fatma Bent Boudjemaâ, l'entourait de toute l'affection qu'une mère pouvait donner. Elle était attentive à son éducation et à son instruction. Trois écoles l'accueillirent successivement de 1912 à 1918: coranique (1912-1914), Brahim Fatah (Casbah) de 1914 à 1917 et une autre à Bouzaréah jusqu'en 1918. Quand il quitta l'école définitivement pour se consacrer au travail, il n'avait pas encore soufflé sa 11e bougie.
C'est sur recommandation de Si Saïd Larbi, un musicien de renom, jouant au sein de l'orchestre de Mustapha Nador, que le jeune M’hamed obtint le privilège d’assister aux fêtes animées par ce Grand maître qu'il vénérait. C’est ainsi que durant le mois de Ramadhan de l'année 1917, le cheikh remarqua la passion du jeune M’hamed et son sens inné pour le rythme et lui permit de tenir le tar (tambourin) au sein de son orchestre. A partir de là ce fut Kehioudji, un demi-frère de Hadj Mrizek, qui le reçut en qualité de musicien à plein temps au sein de l'orchestre qui animait les cérémonies de henné réservées généralement aux artistes débutants.
Après le décès de cheikh Nador à l'aube du 19 mai 1926 à Cherchell, ville d'origine de son épouse et où il venait juste de s'installer, El Anka prit le relais du cheikh dans l'animation des fêtes familiales.
L'orchestre était constitué de Si Saïd Larbi, de son vrai nom Birou, d'Omar Bébéo (Slimane Allane) et de Mustapha Oulid El Meddah entre autres. C’est en 1927 qu'il participa aux cours prodigués par le cheikh Sid Ali Oulid Lakehal, enseignement qu'il suivit avec assiduité jusqu'en 1932. 1928 fut une année charnière dans sa carrière du fait qu'il rencontrait le grand public. Il enregistra 27 disques 78 t chez Columbia, son premier éditeur, et prit part aussi à l'inauguration de la Radio PTT Alger. Ces deux événements le propulsèrent au devant de la scène à travers tout le territoire national et même au-delà. Le 5 août 1931, cheikh Abderrahmane Saîdi s’éteignit à jamais. Ce Grand cheikh disparu, El Anka se retrouva seul dans le genre mdih.
C'est ainsi que sa popularité, favorisée par les moyens modernes du phonographe et de la radio, allait de plus en plus grandissante. Dès son retour de La Mecque, en 1937, il reprit ses tournées en Algérie et en France et renouvela sa formation en intégrant HadJ Abderrahmane Guechoud, Kaddour Cherchalli (Abdelkader Bouheraoua décédé en 1968 à Alger), Chabane Chaouch à la derbouka et Rachid Rebahi au tar en remplacement de cheikh Hadj Menouer qui créa son propre orchestre. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et après une période jugée difficile par certains proches du cheikh, El HadJ M'Hamed El Anka fut convié à diriger la première grande formation de musique populaire de Radio Alger à peine naissante et succédant à Radio PTT, musique populaire qui allait devenir à partir de 1946 «chaâbi» grâce à la grande notoriété de son promoteur : El Anka !
En 1955. il fait son entrée au Conservatoire municipal d'Alger en qualité de professeur chargé de l'enseignement du «chaâbi». Ses premiers élèves deviendront tous des cheikhs à leur tour, assurant ainsi une relève prospère et forte avec entre autres Amar Lâachab, Hassen Saïd et Rachid Souki. EI-Hadj M'Hamed El-Anka a bien pris à cœur son art : il a appris ses textes si couramment qu'il s'en est bien imprégné, ne faisant alors qu'un seul corps dans une symbiose et une harmonie exceptionnelle qui firent tout le génie créateur de l'artiste en allant jusqu'à personnifier, souvent malgré lui, le contenu des poésies qu'il interprétait : les exemples d'»El-Hmam» et «Soubhane Ellah Yaltif» sont assez édifiants. La grande innovation apportée par EI-Hadj El-Anka demeure incontestablement la note de fraîcheur introduite dans une musique réputée monovocale, qui ne répondait plus au goût du jour : son jeu instrumental devint alors plus pétillant, allégé de sa nonchalance. Sa manière de mettre la mélodie au service du verbe était tout simplement unique. A titre indicatif, El Hadj El Anka a interprété près de 360 poésies (qaca'id ) et produit environ 130 disques. Après Columbia, il réalisa avec Algériaphone une dizaine de 78 t en 1932 et une autre dizaine avec Polyphone. Après plus de cinquante ans au service de l'art, El Anka anima les deux dernières soirées de sa carrière jusqu'à l’aube : c’était en 1976, à Cherchell, pour le mariage du petit-fils de son maître cheikh Mustapha Nador et, en 1977, à El-Biar, chez des familles qui lui étaient très attachées.
Il mourut le 23 novembre 1978, à Alger, et fut enterré au cimetière d'El-Kettar.
R. C. (La nouvelle république du 23-05-2007)
Théâtre : «La cité de l’amour» s’invite face au public
Théâtre : «La cité de l’amour» s’invite face au public
Un hymne à la fraternité
Situations dont les protagonistes, qu’ils soient des gouvernants redoutés, des personnalités du «Diwan» ou de la Cour, des représentants de puissances étrangères, des négociants ou des gens du peuple où se côtoient les trois religions du Livre, des captifs ou des étrangers anonymes ou illustres, témoignent chacun à sa manière d’un amour irrésistible pour la ville. Les événements se poursuivent jusqu’au «coup de l’éventail» et l’agression coloniale française de 1830 et qui allait nourrir un puissant sentiment de résistance. Celui-ci atteindra son apothéose au premier coup de feu libérateur de novembre 1954.
Cette fresque théâtrale nous fera découvrir Alger du XVIe au XIXe siècle, période faste de la Régence d’Alger durant laquelle les plus puissants du monde étaient contraints de payer des droits pour pouvoir naviguer en toute sécurité dans les eaux de la Méditerranée. Evoquons, dans ce sens, la flotte américaine. D’ailleurs, Georges Washington, l’un des pères fondateurs de l’indépendance américaine n’a jamais oublié la position de l’Algérie, consistant à reconnaître la souveraineté des Etats-Unis dès sa proclamation. Pendant une heure et demie, on peut découvrir des personnalités du Diwan (la cour du Dey), des représentants des puissances étrangères, comme le consul Duval, ainsi que Chimon le juif. Une découverte surprenante de nos jours, là où Islam, Christianisme et Judaïsme cohabitent en toute harmonie. Ces religions étaient pratiquées en toute liberté. Ce merveilleux décor est accompagné d’une musique orchestrée par M. Sid Ahmed Fellah avec une grosse pointure de l’histoire Algérienne qui n’est autre que l’incontournable M. Belkacem Babassi, en qualité de consultant en recherche documentaire. Alger, avec son architecture, ses couleurs, ses gouvernants et ses gouvernés, une cité vivante, une Médina avec ses mystères et ses légendes comme celles de Sidi Ouali Dada, Sidi Bougdour et de Khedaoudj El Amia ; du grand amour de Dey Hassan et d’une princesse italienne, en passant par le célèbre écrivain Cervantès qui, dans sa grotte à Alger, écrivit plusieurs pièces, entrées depuis dans le patrimoine universel. Alger, «El Djazair El Mahroussa», convoitée, haïe ou aimée, c’est toujours «Madinet El Hob» avec son message de tolérance et d’humanisme… Cette pièce théâtrale nous invite à un merveilleux voyage dans le temps. Elle traite de l’histoire d’Alger, ce n’est pas seulement un hymne à notre chère Casbah mais à toute l’Algérie. En plus de Fadhma N’Soumer, la pièce soulève l’histoire de plusieurs héroïnes anonymes comme Fatma Cherif, native de Mostaganem, tombée au champ d’honneur, de même que son époux. «La cité de l’amour», ne concerne pas seulement l’amour d’un homme est d’une femme mais il s’agit de l’épilogue de la cohabitation de trois religions cosmopolites. Un hymne à la fraternité et à la tolérance. A Alger, Arabes, Kabyles, Juifs, Français, Thèques, Slovaques, Espagnols, Italiens…vivaient dans la paix. Une représentation rehaussée d’une belle histoire d’amour entre Akli l’algérois, herboriste de métier, et Samha la juive, vendeuse de bijoux. Pourquoi a-t-on chuté ? S’interroge Abdelkader Tadjer réalisateur de la scène. Il répondra d’emblée :«C’est aux historiens de répondre». Son producteur, M. Boualem Aïssaoui, renchérit dans un entretien qu’il nous a accordé au sujet de cette pièce théâtrale dont il est le producteurs : «Parce qu’elle s’inscrit de par sa thématique dans le patrimoine culturel national qui constitue l’axe d’effort principal de CIM audiovisuel, qui a produit et réalisé depuis une quinzaine d’années de nombreuses œuvres documentaires et de fiction sur les richesses matérielles et immatérielles de notre pays ; «Madinet El Hob, El Djazair», pièce de théâtre écrite et mise en scène par mon ami Abdelkader Tadjer dont la relation à la chose culturelle et artistique participe avec talent et sensibilité à la mise en valeur de notre culture nationale, de notre identité et de notre rapport à l’universalité pour ses raisons et pour d’autres qui ressortent de mon attachement ancien à l’art théâtral, j’ai accepté de produire «Madinet El Hob» à l’heure ou El Djazair est élevée au rang de «capitale de la culture arabe». «El Djazair El Mahbouba» qui se retrouve réconciliée avec elle-même, toujours farouchement indépendante et républicaine, regagne sa place dans le monde». Pour rappel, la pièce a été lancée le 26 avril dernier au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA) à Alger, avec au total 15 représentations sur le territoire national (il en reste 12). Dans une déclaration à La Nouvelle République, Abdelkader Tadjer, ajoutera : «Ecrite depuis huit ans, cette pièce théâtrale nous a pris près de trois mois de répétitions. Grâce à son langage accessible, nous avons bénéficié de l’entière adhésion du public».
Bios express :
Abdelkader Tadjer : metteur en scène, comédien de théâtre depuis 1963 et de cinéma, Tadjer est l’auteur de deux pièces théâtrales, à savoir «La danse des innocents» et «Madinet El Hob», de quatre scénarios télévisés, en l’occurrence «Un immense espoir» et «Fatma dans la ville» de deux scénarios pour le cinéma, «Raï» et «Amour Interdit».
Il a en outre signé six mises en scène : «Jupiter», «Atomos», «Mizen El Ghaba», «Les concierges», «La danse des innocents» et «Madinet El Hob».
Boualem Aïssaoui : producteur-réalisateur, ancien élève de l’Ecole nationale supérieure de journalisme d’Alger (1re promotion 1964/1967), il a occupé plusieurs fonctions de responsabilité au sein de la production radiophonique et cinématographique nationales (1967/1990).
Auteur de publications sur l’audiovisuel et le cinéma, il est également producteur audiovisuel indépendant et réalisateur de nombreux films documentaires sur le patrimoine culturel et d’œuvres de fiction (feuilletons TV), en hommage à des personnalités culturelles illustres, tels «Iguerbouchène» et «Rachid Ksentini».
Membre actif du Conseil national de la musique, Membre fondateur de l’Association nationale des producteurs audiovisuels (AVA), membre fondateur et vice-président de l’Association des producteurs audiovisuels méditerranéens, membre actif de la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (COPEAM), producteur de la pièce de théâtre «Madinet El Hob»
dans le cadre de la manifestation «Alger, capitale de la culture arabe 2007» et producteur- réalisateur d’une érie documentaire sur les «Danses populaires en Algérie», Alger 2007.
Lynda B. (La Nouvelle République du 24-05-2007)
Bibliothèque nationale d’Algérie
Hommage au génial Mohammed Dib
Plusieurs universitaires et spécialistes de l’œuvre de Dib y ont pris part. Animée par le directeur général de la BNA, M. Amine Zaoui, ainsi que par Mmes Najet Khadda, Afifa Brerhi (écrivains) et Nadia Hafiz (traductrice). Cette rencontre a permis le débat autour de la très riche bibliographie de l’auteur, disparu en 2003 à Paris. Connu par le commun des Algériens pour sa fabuleuse trilogie («La grande maison», paru en 1952, «L’incendie», sorti en 1954 et «Le métier à tisser» en 1957, Dib a signé d’autres œuvres d’une très haute facture, saluées dès leurs sortie partout dans le monde. M. Zaoui a lors de son intervention mis l’accent sur le roman «Habel» qu’il a traduit en arabe, déplorant toutefois le fait que ladite trilogie ait été traduite en arabe par des gens du Machreq. Il en profitera pour inviter l’Etat à «intervenir sur le plan intellectuel et matériel pour créer des maisons de traduction, voire des institutions de traduction», estimant que ce domaine (la traduction) est une «catastrophe intellectuelle en Algérie». Qualifiant l’œuvre dibienne de «monumentale», Mme Khadda ajoutera que Dib publiait en moyenne un livre par an, marquant ainsi «plusieurs générations de lecteurs par sa simplicité excessive et son élégance dans le style d’écriture». Affirmant qu’il était «romancier du point de vue de la production et poète du point de vue du style», l’oratrice précisera que la trilogie de Dib a un «statut particulier» en comparaison à ses autres œuvres car, a-t-elle dit, «elle l’a fait davantage connaître». Toutefois, elle jugera que cette trilogie «lui a joué un mauvais tour dans la mesure où l’on ne parle que de cette œuvre alors qu’il a un renouvellement dans son écriture avec des recueils de poèmes, de nouvelles et d’autres romans». Encore selon Mme Khadda, Mohammed Dib a toujours «rejeté les frontières géographiques et linguistiques», posant la problématique identitaire. Mme Brerhi pour sa part consacrera l’essentiel de son intervention à «Habel», un roman dont le style d’écriture est résolument moderniste. Quant à Mme Hafiz, traductrice de deux ouvrages de l’auteur, elle considérera Dib «comme poète avant d’être romancier». Néanmoins, elle déplorera le fait que «les œuvres de cet écrivain de renommée mondiale ne soient pas toutes traduites», affirmant que c’est «une grande frustration» pour les lecteurs de langue arabe. Né à Tlemcen le 21 juillet 1920, Mohammed Dib a fait ses études primaires et secondaires en français, mais en tant que fils d’artisan, il s’initie au tissage dès l’âge de 12 ou 13 ans. Un peu plus tard, il fera plusieurs métiers : instituteur, employé des chemins de fer, interprète, journaliste, dessinateur de maquettes de tapis.
C’est à partir de 1940 qu’il se lance dans l’écriture littéraire, une plume dérangeante qui le fera expulser vers la France en 1959. Ne se donnant aucun répit, Mohammed Dib signera très régulièrement des œuvres qui feront de lui, très vite, l’un des fers de lance de la littérature algérienne d’expression française. Poète à la fibre nationaliste, Dib suscitera intérêt et admiration à la fois. Cependant, c’est avec la trilogie “Algérie” composée de «La Grande Maison» (1952), «L’Incendie» (1954) et «Le Métier à tisser» (1957) qu’il atteint l’acmé. Suivront «Un été africain» (1959), «Qui se souvient de la mer» (1962), «Cours sur la rive sauvage» (1964), «Talisman» (1966). Et plus récemment, «Le Désert sans détour» (1992), «L’Infante maure» (1994), «Dans la nuit sauvage» (1995), «Si diable veut» (1998) ou «Comme un bruit d’abeilles» (2001), pour ne citer que ces titres.
Abordant plusieurs thèmes, Dib a toujours parlé des préoccupations de son peuple, même s’il vivait loin de lui. D’ailleurs, lorsque l’Algérie a sombré dans la spirale de la violence, il avait signé son très poignant romain Si Diable veut. D’autre part, Dib, qui avait pour souci la quête du sens de la vie, a toujours offert à ses lecteurs, à travers ses textes, «le spectacle de la sublime victoire d’un art consommé, qui fournit une image privilégiée de toute une époque avec ses espoirs et ses infinies révoltes».
Hassina A. (La Nouvelle République du 30-05-2007)
Hommage au génial Mohammed Dib
Plusieurs universitaires et spécialistes de l’œuvre de Dib y ont pris part. Animée par le directeur général de la BNA, M. Amine Zaoui, ainsi que par Mmes Najet Khadda, Afifa Brerhi (écrivains) et Nadia Hafiz (traductrice). Cette rencontre a permis le débat autour de la très riche bibliographie de l’auteur, disparu en 2003 à Paris. Connu par le commun des Algériens pour sa fabuleuse trilogie («La grande maison», paru en 1952, «L’incendie», sorti en 1954 et «Le métier à tisser» en 1957, Dib a signé d’autres œuvres d’une très haute facture, saluées dès leurs sortie partout dans le monde. M. Zaoui a lors de son intervention mis l’accent sur le roman «Habel» qu’il a traduit en arabe, déplorant toutefois le fait que ladite trilogie ait été traduite en arabe par des gens du Machreq. Il en profitera pour inviter l’Etat à «intervenir sur le plan intellectuel et matériel pour créer des maisons de traduction, voire des institutions de traduction», estimant que ce domaine (la traduction) est une «catastrophe intellectuelle en Algérie». Qualifiant l’œuvre dibienne de «monumentale», Mme Khadda ajoutera que Dib publiait en moyenne un livre par an, marquant ainsi «plusieurs générations de lecteurs par sa simplicité excessive et son élégance dans le style d’écriture». Affirmant qu’il était «romancier du point de vue de la production et poète du point de vue du style», l’oratrice précisera que la trilogie de Dib a un «statut particulier» en comparaison à ses autres œuvres car, a-t-elle dit, «elle l’a fait davantage connaître». Toutefois, elle jugera que cette trilogie «lui a joué un mauvais tour dans la mesure où l’on ne parle que de cette œuvre alors qu’il a un renouvellement dans son écriture avec des recueils de poèmes, de nouvelles et d’autres romans». Encore selon Mme Khadda, Mohammed Dib a toujours «rejeté les frontières géographiques et linguistiques», posant la problématique identitaire. Mme Brerhi pour sa part consacrera l’essentiel de son intervention à «Habel», un roman dont le style d’écriture est résolument moderniste. Quant à Mme Hafiz, traductrice de deux ouvrages de l’auteur, elle considérera Dib «comme poète avant d’être romancier». Néanmoins, elle déplorera le fait que «les œuvres de cet écrivain de renommée mondiale ne soient pas toutes traduites», affirmant que c’est «une grande frustration» pour les lecteurs de langue arabe. Né à Tlemcen le 21 juillet 1920, Mohammed Dib a fait ses études primaires et secondaires en français, mais en tant que fils d’artisan, il s’initie au tissage dès l’âge de 12 ou 13 ans. Un peu plus tard, il fera plusieurs métiers : instituteur, employé des chemins de fer, interprète, journaliste, dessinateur de maquettes de tapis.
C’est à partir de 1940 qu’il se lance dans l’écriture littéraire, une plume dérangeante qui le fera expulser vers la France en 1959. Ne se donnant aucun répit, Mohammed Dib signera très régulièrement des œuvres qui feront de lui, très vite, l’un des fers de lance de la littérature algérienne d’expression française. Poète à la fibre nationaliste, Dib suscitera intérêt et admiration à la fois. Cependant, c’est avec la trilogie “Algérie” composée de «La Grande Maison» (1952), «L’Incendie» (1954) et «Le Métier à tisser» (1957) qu’il atteint l’acmé. Suivront «Un été africain» (1959), «Qui se souvient de la mer» (1962), «Cours sur la rive sauvage» (1964), «Talisman» (1966). Et plus récemment, «Le Désert sans détour» (1992), «L’Infante maure» (1994), «Dans la nuit sauvage» (1995), «Si diable veut» (1998) ou «Comme un bruit d’abeilles» (2001), pour ne citer que ces titres.
Abordant plusieurs thèmes, Dib a toujours parlé des préoccupations de son peuple, même s’il vivait loin de lui. D’ailleurs, lorsque l’Algérie a sombré dans la spirale de la violence, il avait signé son très poignant romain Si Diable veut. D’autre part, Dib, qui avait pour souci la quête du sens de la vie, a toujours offert à ses lecteurs, à travers ses textes, «le spectacle de la sublime victoire d’un art consommé, qui fournit une image privilégiée de toute une époque avec ses espoirs et ses infinies révoltes».
Hassina A. (La Nouvelle République du 30-05-2007)

